Journal de bord - Mission TURSMED 2020 - Session Provence

 

Troisième semaine de la mission TURSMED 2020, voici le journal de bord des aventure en Provence :

 

Lundi 14/09 :

 Bienvenue à bord !

 

Après 2 superbes semaines autour de la Corse, nous regagnons le continent et débutons notre 3e semaine de mission en Provence, plus précisément au port de Hyères où nous attendons 4 gestionnaires qui seront formés au protocole de photo-identification du Grand dauphin et à la collecte de données cétacés : Delphine du Parc Naturel Régional de Camargue, Grégory de l’Observatoire marin de Cavalaire (Communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez), ainsi que Céline et Claude du Parc National de Port-Cros.

Une fois tout le monde à bord et le brief fait, nous quittons le port en fin de matinée accompagnés d’un vent de 3 Beaufort et de quelques moutons sur l’eau. Au cours de l’après-midi, le vent faiblit et le soleil durcit. Nous prenons la direction des îles d’Hyères : Porquerolles, Port-Cros et le Levant). Soudain, des gros mais brefs splashs sont aperçus au loin par Hélène, puis plus rien. Malgré plusieurs points hydroacoustiques réalisés à proximité du canyon des Stoechades, aucun cachalot ne se fait entendre.

Après plusieurs heures de prospection et pas de dauphins en vue, une petite pause baignade s’impose. A ce moment, nous avons alors la chance d’observer un roucaou noir, ainsi qu’un cernier à la coque du bateau.

Petit à petit, le soleil se couche sur l’horizon et nous regagnons Port-Cros pour passer la nuit au mouillage. La soirée se déroule paisiblement et tout le monde se couche tôt pour reprendre des forces pour les observations du lendemain !

 

Léa

 

Mardi 16/09 :

 

Les grands dauphins sont là, chacun son poste ! © Léa Juret

Session formation à la photo-identification © Susan Gallon

 

Le réveil sur l’anse de Port Man est magique avec le parfum des pinèdes de Port Cros ! Après le petit déjeuner, on ne traîne pas, le suivi commence à 7h15. Greg est à tribord, Léa en face et je suis à babord. Direction la Ciotat. A peine quinze minutes de recherche se sont écoulées que Léa observe déjà deux grands dauphins en train de sauter à l’extrémité de l’île à 600 mètres du bateau. On met le cap dans leur direction et finalement, une partie du groupe se trouve plus proche que prévu. Au final une quinzaine de grands dauphins avec deux jeunes se retrouvent en structure éclatée dans la zone, en pleine alimentation. Hélène, Claude, Léa et Céline sont à la photo-identification. Les autres cherchent à compter les individus, les jeunes et à noter les comportements ou indiquent aux autres où sortent les dauphins. Les dauphins ne suivent pas un cap défini, alors la prise de vue n’est pas simple. Certains individus ont des dorsales très marquées comme cet adulte avec des traces blanches ou cet autre avec de profondes entailles. Les jeunes font quelques sauts.

Au bout d’1h20, nous arrêtons le suivi et les dauphins partent à l’Est. Nous faisons alors un débriefing de l’observation : débat sur le nombre d’individus observés et de jeunes, sur le comportement, échanges sur les premières impressions.

Chacun reprend ensuite son poste et on tourne à tour de rôle dans le même ordre que la veille, avec un cap sur la Ciotat. La journée est continue.

Au large du cap Sicié, quand nous nous retrouvons au niveau du canyon de Toulon, Léa et Hélène tentent un point hydrophone. Le voilier est bavard et craque de tout son bois ! Difficile du coup de se concentrer sur les sons émis par les cétacés. Finalement, des cliquetis réguliers se dégagent : un cachalot est dans la zone...Les émissions de clics s’arrêtent, il regagne la surface. Branle-bas de combat : nous nous installons en mode « observation », à 360° sur le bateau, pour ne pas rater le moment où il sortira respirer.  Nos espoirs finissent par être anéantis au bout de 15 minutes : les clics du cachalot sont à nouveau audibles…il est donc retourné dans les profondeurs du canyon !

Le suivi reprend. Pas de dauphin mais un poissons lune, un fou de Bassan, des puffins de Scopoli et des exocets (poissons volants).

Le suivi prend fin. Nous nous installons à l’Anse de la Moutte. Après une baignade au milieu des oblades, Hélène et Léa nous font un point sur les base de la photo-identification et le traitement des données. La journée prend fin dans un joli cadre avec une mer d’huile. Bref, que du bonheur !

 

Delphine

 

Mercredi 16/09 :

 

Un festival de grands dauphins © Hélène Labach, Delphine Marobin

 

Le cachalot qui sondait 2 fois... © Céline Obadia

 

La nuit au mouillage sous les falaises de la Moutte a été particulièrement reposante. Après le petit dèj, le soleil n’est alors qu’un fin filet de lumière rose, la première équipe composée de Claude, Hélène et Céline se met en place pour démarrer l’effort de suivi. A l’ouest le bec de l’aigle nous toise de ces angles saillants, sans doute désabusé de comprendre qu’on ne le croisera pas ce matin. Plus loin, les Calanques se distinguent à peine dans les brumes matinales. Cap au Sud, le ciel et la mer sont d’un gris profond teinté de rose. 7:30, une boule de feu s’élève lentement au-dessus de Saint-Cyr, quand soudain Claude aperçoit un saut au large. Les dauphins sont une nouvelle fois matinaux. Nous faisons route vers eux en direction de l’ouest, le groupe semble plus nombreux qu’hier. Très vite, nous apercevons certains des individus vus la veille à Port Cros. Leur comportement est plus « joueur », jeunes et adultes enchainent les sauts. Deux adultes viennent nous narguer à l’étrave à plusieurs reprises. Les boitiers numériques fonctionnent à plein régime, la photo-identification sera probablement un succès. Nous les observons pendant près d’1h, puis reprenons notre cap à l’Est en direction de Porquerolles.

Vers 10h, nous croisons devant cap Sicié. La mer est d’une apparence lourde, le soleil tape fort, notre esprit tout juste remis de nos deux rencontres en deux jours. Les yeux dans le vague en compagnie de Léa et Delphine, mon regard se noie dans les jumelles sur l’horizon. Soudain Léa crie « Dauphin ! »… « Là, au bateau ». A peine le temps de baisser mes jumelles que je le vois disparaitre dans le bleu…à 50m devant moi. Plusieurs longues secondes passent puis il réapparaît. Hélène, qui nous a rejoint à l’avant a le temps de distinguer l’espèce : un bleu et blanc. Tout juste quelques expirations en surface puis il disparait aussi furtivement qu’il nous est apparu. Au-dessus de nous passe un vol de hérons…

Les rondes d’observation se succèdent, la journée avance vite mais toujours rien depuis ce soupir bleu et blanc sur notre tribord. Nous dépassons maintenant Porquerolles par le Sud, non loin du talus, en direction de l’Est.

14:30, la mer s’est formée. Bagaud à peine dépassé Susan crie « Souffle ! », repris en cœur par tous les observateurs à destination de Capitaine Julie. Un cachalot à peine perceptible à notre distance lâche des paquets d’embruns qui fusent dans le vent. Je me mets spontanément à compter ces expirations sans savoir pourquoi : 17, 18, puis il sonde. Hélène déclenche une écoute à l’hydrophone. On l’entend clairement cliqueter en recherche de proie. Le temps passe, bientôt 40 minutes, il clique toujours mais plus lentement, quand soudain Susan nous dit flegmatique : « y a une souffle là-bas ! ». Serait-ce un second cachalot ? Cap au sud, nous tentons de le rejoindre. Une quinzaine d’expirations plus tard nous arrivons sur lui… Au tour des appareils photos de cliqueter en rafale. Le mastodonte sonde avec une facilité déconcertante… puis il réapparait soudainement à l’avant du bateau pour une seconde sonde encore plus magistrale.

Le vent d’ouest et la mer forcissent. Nous empruntons la passe de Port-Man, entre Levant et Port-Cros. Décision est prise de mettre les voiles, au sens propre, en direction de cap Taillat. Les conditions météo se dégradent rapidement empêchant tout effort de suivi jusqu’au point de mouillage du soir.

Fin d’une journée bien remplie. Nous dépassons cap Taillat pour nous caler dans le creux du bien nommé « Escalet ».

Hélène part nager, pour ma part ça sera snorkelling. Au programme, petites raies pastenague, dorades, marbrés et quelques sars face à la plage, ainsi qu’un joli rason à proximité du bateau.

L’apéro se prépare. Deux collègues de l’Observatoire marin nous font un petit coucou en bateau après le boulot.  

Cette nuit, à coup sûr, nous repenserons à cette incroyable journée !

 

Grégory

 

Jeudi 17/09 :

 

Tursiops truncatus de Saint-Tropez © Claude Lefebvre

 

Trois grands dauphins aux Iles de Lérins © Delphine Marobin

 

La nuit a été douce sur le Némo, à part un roulis nocturne qui semble-t-il nous a tous tenu éveillé un bon moment. Le petit déjeuner est installé, les discussions et plaisanteries fusent malgré l’heure matinale, la mer est plate comme un miroir à peine ridé de quelques ondulations. Un dégradé de couleur s’installe quand nous levons l’ancre à 7h. Le soleil rouge commence à percer l’horizon et fait sortir tous les appareils photos. Nous continuons notre route vers l’est et les des Alpes maritimes. Adieu les grandes étendues de collines boisées, place à l’urbanisation plus intense. A 9h, Susan détecte un premier aileron en direction d’une tourelle. Tout le monde monte sur le pont et chacun s’active dans son rôle. Les grands dauphins sont contrairement à hier beaucoup plus discrets et sondent souvent. Ils ressortent de manière aléatoire, changent de direction et disparaissent dès que nous nous rapprochons.  Mais nous finissons par réussir une bonne séance de photo ID.

Nous reprenons notre route, longeant la côte. Vers 12h, Cannes est en vue, palais des festivals, croisette, Martinez, Hilton…et en miroir sur l’horizon, les îles de Lérins et leur monastère se dessinent, semblant d’un autre temps. Il est prévu que nous en fassions le tour. Les îles sont envahies de bateaux au mouillage, énormes yachts, pêcheurs pro et plaisanciers, jet ski. Il paraît improbable d’y voir quelque animal sauvage. Pourtant, nous croisons la nageoire dorsale d’un poisson lune. Un semi-rigide se dirige immédiatement dessus et il s’éclipse. Nous finissons le tour des îles et j’aperçois un aileron à proximité d’un fanion de pêche. Il ressort quelques instants plus tard. Deux autres individus, dont un jeune, font surface de manière très discrète. Dès que nous approchons ils plongent longuement. Nous prenons notre temps et une fois adaptés à leur mode de déplacement nous les observons et les prenons en photos. Aucun bateau ne semble les avoir remarqués et nous sommes également passés inaperçus avec notre boutique d’appareils photos sortis, tant mieux… Après une baignade salvatrice pour redescendre en température, nous repartons en direction de l’ouest. Un petit stop à Mandelieu la Napoule pour un ravitaillement en essence et en eau. Nous sommes ravis d’avoir réussi le tout en 30min et de pouvoir s’éloigner à nouveau. La mer, toujours comme un lac, nous laisse voir le moindre détail à sa surface sur des milles. Nous rejoignons notre mouillage du soir Antéor et ses arches de pont de voie ferrée. Moto, train, éclairage public, alarmes de voiture, nous sommes en réacclimatation pour le retour à terre ? Le briefing du soir à 20h porte sur le matching de photos de dorsales. Pendant une pause entre deux tours d’observation de l’après-midi nous avons pu comparer des individus pris la veille avec une banque de photo. Le temps nous a manqué pour ce travail long et fastidieux mais deux dauphins sont déjà identifiés. Le reste du travail se fera à terre, dans la longue gestion de données collectées. Les deux cachalots de la veille n’en sont en fait qu’un seul, 3 stries sous sa dorsale nous le confirment.

 

Céline

 

Vendredi 18/09 :

 

Début de la prospection au lever du soleil © Delphine Marobin

 

Dauphins bleus et blancs au large du Cap Taillat © Claude Lefebvre

 

Dernière journée de prospection dans la région provençale. Le soleil n’est pas encore levé sur le massif de l’Estérel que des splashs de dauphins apparaissent au loin, nous tirant de notre sommeil et égayant notre petit-déjeuner : décidément ils sont de plus en plus matinaux en Provence ! L’équipage se met en route à 7h, cap à l’ouest pour reprendre la direction du port de départ : Hyères. Ça y est, il fait jour, mais les dauphins aperçus plus tôt ont disparu, ce n’est que partie remise !

En effet, dans la matinée, nous rencontrons 2 dauphins bleu et blanc au large de Fréjus. Ils font quelques démonstrations de sauts avant de sonder dans le grand bleu. En chemin, nous croisons la route d’un poisson lune sur une mer d’huile.

A midi, au large du cap Taillat, rebelote, on entend les cris des observateurs : « Dauphins !!! ». Très vite, nous rejoignons le groupe et dénombrons une quinzaine d’individus dont 4 jeunes : encore des bleus et blancs ! Certains individus viennent à l’étrave, puis tracent rapidement en direction du sud-ouest.

Nous continuons notre route plusieurs heures sous un soleil de plomb et en compagnie de quelques puffins en vol. Principe de précaution oblige, nous nous accordons une petite (et dernière) pause baignade rafraîchissante avec l’Ile du Levant en arrière-plan. Deux sternes gaugek plus tard, nous nous approchons du point d’arrivée…

Ça y est, la 3e semaine se termine et quel bilan ! : une météo au top, des mouillages de rêve, une belle ambiance à bord et surtout des cétacés au rendez-vous (presque) tous les jours : que demander de plus ? Que ça continue encore ? On l’espère !

 

Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de la mission dans le golfe du Lion !

 

Léa

 

Lettre d'information

 

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